Матье Аванци: Парижский французский — плохой французский.

Парижский французский или французский регионов? Автор книг "Говорите по-французски" и "Атлас выражений наших регионов", рассказывает о происхождении и истории выражений, которые составляют богатство нашего языкового наследия.

Connaissez-vous l’expression «avaler par le trou du dimanche» ? Elle nous vient de l’Est et signifie «avaler de travers». Et le terme «drache»? Dans l’ex-région Pas-de-Calais, ce mot est employé par parler d’une «averse, pluie soudaine et abondante». Selon Le Trésor de la langue française, ce mot nous vient du néerlandais et date du XXe siècle.

Mathieu Avanzi, maître de conférences en linguistique française, rassemble ces formules et mots des différents territoires de l’Hexagone dans un savoureux ouvrage, Parlez-vous (les) français, atlas des expressions de nos régions (Armand Colin). L’occasion de revenir sur l’origine, l’histoire et l’évolution de ces français qui font la richesse de notre patrimoine.

LE FIGARO. - Quel lien les Français entretiennent-ils avec la langue française?

Mathieu AVANZI. - Nous avons tendance à penser la langue française comme homogène. Mais ce qui est étonnant, et le livre le montre bien, ce sont les énormes variations d’expressions propres à chaque partie de France. Ce qui m’étonne surtout, et ce qu’il n’y avait pas il y a vingt ans, c’est l’attachement aux régionalismes dont font preuve les Français sur les réseaux sociaux. Avant, les locuteurs avaient honte de parler un français régional. Désormais, c’est une fierté revendiquée. Il n’y a pas si longtemps, il fallait effacer ses particularismes et parler un «bon français».

Qu’entendez-vous par un «bon français»?

Le français que nous parlons aujourd’hui est le résultat des dialectes que l’on entendait dans le bassin de l’Ile-de-France, dans la partie septentrionale. Là où se trouvaient le Roi et sa cour. C’est à Paris que se trouvent les grands centres intellectuels, là où se construit la langue de référence. Le Pays de la Loire, l’Ile-de-France: voilà des lieux où tout le monde se rejoint, efface ses différences, y compris linguistiques. Il ne reste que le socle commun du français parisien. D’un point de vue historique, il convient de rappeler que les lois Jules Ferry ont empêché les gens de continuer à parler leur patois. Il y a eu un effet d’uniformisation: il faut imaginer qu’un Occitan n’aurait jamais pu comprendre un Normand qui n’aurait pas saisi un seul mot prononcé par un Provençal. L’instauration de l’école obligatoire, l’industrialisation, l’exode rural: tout ceci a contribué à ce que les locuteurs adoptent un français normatif. Puis, il y eut la Grande Guerre: la disparition de combattants Français a entraîné la disparition de dialectes. De plus, les soldats se parlaient en français dans les tranchées. Ceux qui ont pu rentrer chez eux ont continué de le pratiquer.

Quels mots régionaux ont d’abord eu tendance à disparaître?

Les mots qui étaient «trop locaux». Les noms d’oiseaux, de plantes, par exemple. Mais aussi, tout ce qui relève de la vie du village. On n’entend plus le mot «lavoir» et pourtant, c’était un lieu important où les femmes allaient laver leur linge dans des bassines. Il reste quelques traces de patois: le «caïon» en Savoie par exemple. Des mots de la maison, issus du cercle familial ou du domaine conceptuel de l’affection: l’on dit «faire un schmutz» en Alsace au lieu de «faire un bisou». Ou encore, «faire un gâté» dans le Midi de la France, qui signifie «faire un câlin».

Il y a cent ans, personne ne savait ce qu’était un ‘‘chalet’’. En patois savoyard, ce mot désigne une ‘’maison’’. Et il est entré dans l’usage

Les mots de patois survivent quand le français n’a rien à proposer. Par exemple, l’expression «être nareux», un terme de la même famille que «narine», et qui s’emploie pour qualifier une personne «difficile sur la nourriture». Il y a aussi les verbes «s’empierger» ou «s’empierguer» qui veulent dire «se prendre les pieds dans quelque chose» dans l’ex-région Champagne-Ardenne.

Parmi les expressions régionales, lesquelles ont, à l’inverse, tendance à se répandre?

Il y en a beaucoup! «Faire le calu», c’est-à-dire «faire le fou», que l’on a d’abord entendu dans le Sud-Est de la France. L’adjectif «calu» désigne une personne qui agit de façon idiote ou excessive. Il y a aussi une «cagole» qui vient de Marseille et que l’on emploie pour décrire une femme un peu provocante, vulgaire. La «peuf» qui signifie la «neige poudreuse»: voilà un mot de patois savoyard qu’à l’origine, on entend uniquement à Chamonix. Il y a cent ans, personne ne savait ce qu’était un «chalet». En patois savoyard, un «chalet» désignait une «maison». Et il est entré dans l’usage. Tout comme «cagnard» : tout le monde le prononce mais c’est un mot provençal.

Dans quelles régions de France trouve-t-on le plus de mots et d’expressions typiques?

D’abord, il y a le Grand Sud. Mais aussi, la Normandie, qui en a gardé énormément. Ce sont des zones où l’on parle encore généralement le patois. Et puis, il y a des villes où l’on ne parle plus de patois depuis longtemps comme Marseille, Toulouse ou Lyon mais qui ont une identité régionale très forte. Bien sûr, l’on pense au débat «chocolatine» ou «pain au chocolat» «Chocolatine» est un terme plutôt récent puisqu’il apparaît dans les années 1970. Ce n’est pas un mot patois mais une création locale qui a eu du succès il y a une dizaine d’années, à un moment où les gens en avaient assez qu’on leur impose un langage. Ils ont commencé à revendiquer une identité régionale qui s’est traduite, entre autres, par l’emploi de certaines expressions ou une prononciation précise.

Le ‘’vrai français’’ n’existe pas. Chaque région a son vrai français

À Toulouse, on est fiers de dire «chocolatine» mais aussi de prononcer le «s» final de «moins». En Alsace, on vous regarde de travers si vous ne prononcez pas le «t» final dans «vingt». C’est ce que l’on appelle en sociologie, la théorie des marchés linguistiques. Chaque marché linguistique a une valeur symbolique et culturelle. Plus on exploite les éléments d’un marché linguistique, plus on est riche. Cela explique le succès des produits de «nos régions» que l’on voit dans les supermarchés. Il en va de même pour la langue. Je me souviens du succès il y a quinze ans d’un t-shirt «Juste fais-y», la version savoyarde du slogan de Nike Just do it. Ce «y» savoyard est très présent: on dit «j’y mange»«j’y dis». J’avais partagé la photo de ce t-shirt sur les réseaux sociaux et les internautes avaient adoré!

Donc le «vrai français» n’existe pas?

Non, chaque région a son vrai français! Bien parler français, c’est aussi savoir s’adapter au marché. La qualité d’un bon francophone, c’est de s’aligner sur le français de la région dans laquelle il se trouve et éviter de placer sa variété comme norme. La variété de Paris n’est pas mieux que celle de Toulouse. Tous les français sont légitimes. Il y a un français de référence, il ne s’agit pas de le nier: le français de Paris qui est un français neutre, compris de tous puisque tout ce qui est régional disparaît de son vocabulaire. Mais en réalité, le français de Paris est un français pauvre, dépouillé de ses particularités.

Les plus jeunes emploient-ils encore des termes régionaux?

Oui, ils leur donnent même un second souffle puisqu’ils en créent. C’est une manière pour eux de s’identifier par rapport à la génération supérieure: créer un argot est important pour ne pas se faire comprendre des adultes. Et pour créer un langage cryptique, les jeunes vont parfois chercher des mots régionaux: on a vu le succès de «dégun» à Marseille, qui a fini par être repris par Adidas dans sa campagne de pub. «Dégun» vient du latin nec unum et signifie «il n’y a personne», est passé par l’occitan avant de finir dans la bouche des nouvelles générations. C’est incroyable!

« Hélas, les préjugés sur l’accent ont encore la vie dure »

Il y a les langues régionales mais aussi les accents. Certains se plaignent d’être les victimes de «glottophobie».

La glottophobie est un concept qui existe depuis longtemps. Le mot a été introduit par Philippe Blanchet en 2016. C’est une réalité: il y a encore énormément de discrimination envers les personnes qui ont un accent régional. Il est intéressant d’identifier quels préjugés se cachent derrière une certaine intonation. J’ai proposé à mes étudiants d’écouter différents accents prononcés par un homme politique, un jeune des banlieues, etc. En général, on voit que tous ceux qui ont un accent régional sont perçus comme des personnes qui n’ont pas fait beaucoup d’études. Alors que parmi les enregistrements sonores que j’ai fait écouter, il y a un vétérinaire qui vient du Jura, qui a un accent à couper au couteau mais qui ne peut pas se permettre de le perdre puisqu’il soigne les bêtes des agriculteurs dont il doit se faire comprendre. Hélas, les préjugés sur l’accent ont encore la vie dure…

Vous parlez de l’accent d’un «jeune des banlieues». Comment le définir?

Cet accent est né dans les années 1990 est un mélange de verlan et de mots empruntés à l’arabe dialectal. L’intonation est particulière, avec des montées et descentes très fortes à la fin de chaque phrase. C’est très mélodieux et expressif, en fin de compte. C’est un accent qui s’est exporté jusqu’en Suisse romande, dans le Jura! J’entendais des gamins qui n’étaient jamais allés à Paris et qui parlaient comme ceux de la périphérie de la capitale. Cependant, c’est un accent que l’on entend de moins en moins. Il a tellement été stigmatisé. Les jeunes qui sortent de leurs banlieues et qui vont à l’université ne l’ont plus aujourd’hui. C’est un accent qu’avaient leurs parents surtout et qu’ils ont décidé de ne pas reprendre parce qu’il est très connoté.

Источник: Le Figaro Langue Française

Par Claire Conruyt

Автор публикации
И это тоже интересно:
Перспективы экскурсовода